UNE IDEE SUR UN NON-ACTE

Une idée sur non-acte pour UNIDEE, UNIVERSITA’ DELLE IDEE

A la fin de l’été 2011, le Conseil culturel de l’Union Pour la Méditerranée dans le cadre de son partenariat avec Citta del Arte Fondation Pistoletto, m’a sollicité via ses parrainages en région. Ils souhaitaient que je propose un projet de recherche artistique qui pourrait répondre aux critères de sélection de UNIDEE, une résidence artistique pluridisciplinaire de 4 mois : penser, envisager et acter la société par l’art et inversement. La Fondation Pistoletto et UNIDEE en son sein défendent l’art comme un acte émanant et agissant sur l’environnement et la société.
A ce projet professionnel s’est allié de fait un projet de vie, exacerbé par la mise à l’oeuvre d’un imaginaire personnel au sein du temps collectif d’autres chercheurs.

Choisir une retraite de réflexion et de création, dans un cadre et en un temps définis, implique des conditions spécifiques :
il est question d’une temporalité de 4 mois avec autorisation d’absence de 20% ; j’accepte donc une absence de salariat substantielle et je décline d’éventuelles propositions de contrats,
il est question de s’organiser pour suspendre mes projets artistiques en cours et par là même, réserver 1/3 d’une année civile soit 40% d’une période de référence (1) dans le cadre du régime spécifique de l’intermittence du spectacle vivant en France. C’est un statut dont je bénéficie. Il m’a assuré une économie afin de préparer et écrire le dossier. Pour ne pas fragiliser mes droits, il m’a fallu prévoir de travailler près du double en amont de la résidence (1) dans l’attente de la réponse du jury mais aussi, dans l’éventualité de l’acceptation de mon dossier, pour subvenir à mes besoins personnels le temps de UNIDEE.
J’ai dû consacrer de l’argent pour la mise en forme du projet (50euros de tirage papier + frais postaux) et les supervisions linguistiques nécessaires (250euros).
Il faut organiser sa vie intime en fonction de cette “enclave de temps” ; par exemple, partager son envie avec ses proches et les mobiliser mais aussi louer son logement sur cette durée afin de minimiser les frais.

Il s’agit donc d’un vrai choix de vie à un moment donné d’une carrière, qui résulte de convictions artistiques tissés au fil du temps. C’est un choix excitant et motivant.
J’ai choisi cette ligne de conduite avec en ligne de mire UNIDEE.

UNIDEE se prévaut de former, soutenir et promouvoir un nouveau professionnalisme artistique . UNIDEE favorise “l’activation de projets pour une Transformation Sociale Responsable”. Elle choisit d’abandonner les canons de la convention en art et plutôt que de “se placer soi-même, intégrer la société et (d’interagir), avec d’autres discipline : communication, production, économies, politique, architecture, design, littérature, spiritualité, musique, écologie et ressources…”

La question du travail est à l’œuvre. La recherche requiert de se retirer pour prendre en charge son temps et évaluer de nouvelles énergies et les rencontres qui vont avec, afin de répondre aux nécessités de la créativité.
Je ne parle pas, non plus, de la préoccupation sociale et politique (au premier sens du terme) qui incombe. UNIDEE exige cette responsabilisation et implication politique des chercheurs boursiers qu’elle accueille.
Je veux y répondre. Et cette lettre en est la marque.

Mes paris sur l’art comme sur ses impacts sociaux ont été récompensés à l’annonce de la sélection de mon projet comme lauréat pour UNIDEE 2012.
J’ai appris cette nouvelle en consultant le site internet de Citta del Arte.
Je remercie les jurys comme la fondation Pistoletto de sa confiance. A la lecture de la liste des sélectionnés, je suis le seul français.

Dans l’attente d’une notification officielle et après l’étrange moyen pour prendre connaissance de la décision, j’écris à la fondation qui, en réponse à mon mail, confirme la décision de UNIDEE mais regrette de ne pas avoir de nouvelle de la prise en charge de la bourse annoncée par le Conseil culturel de l’UPM.

J’apprends donc par hasard que la somme d’argent de 12000 euros nécessaire aux frais d’études et de production ne peut être réuni par ce même commanditaire, le Conseil culturel de l’Union Pour la Méditerranée. J’apprends à cette occasion, des dires de l’UPM, qu’il s’agit du retrait d’un donateur privé le groupeTotal plutôt que de l’argent public qui a contrarié le projet.
A ce moment même des élections présidentielles et législatives 2012 en France, se pose la question de l’importance de la recherche en art et de l’investissement de l’état et ses partenaires sur le futur. Et, avec un brin d’ironie, qu’est ce que cette somme pour cette multinationale dont on connait les profits?

Mon nom, depuis, a été retiré de la liste des lauréats sur le site UNIDEE.
Entre temps, le président du Conseil culturel de l’UPM, Monsieur Renaud Muselier, annonçait aux media, l’automne dernier, ce prochain partenariat avec CittadellArte. Il s’en félicitait.
Les effets d’annonce nécessitent des actualisations afin de préserver la transparence et la clarté des actions des arcanes institutionnelles ; surtout quand elles donnent lieu à un flop.
Evidemment, cela donne un coup de projecteur sur les missions et les actes du Conseil culturel de l’UPM, entre fonds et fondements : quels moyens sont mis en œuvre pour le devenir d’une “excellence de la culture” au regard des investissements économiques et humains?

L’Union pour la Méditerranée a été fondée en juillet 2008, à l’initiative de Monsieur Sarkozy. La France assurait alors la présidence de l’Union européenne. C’est une organisation internationale intergouvernementale à vocation régionale, organisation politique et économique dont le siège est à Barcelone. Elle réunit plus de quarante pays : ceux de l’UE comme d’autres du pourtour méditerranéen. Ses objectifs ont été réévalués au cours des années en fonction des dissensions des pays membres et des conflits intéressés par les zones géopolitiques concernées (Sahara oriental, Chypre, Israël-Palestine et bien sûr les dictatures nord africaines qui ont vu naître les “printemps arabes”). Elle a pour bût de s’occuper d’énergie, d’environnement – dépollution et plan solaire, des autoroutes de mers et terrestres, de protection civile, de l’initiative pour l’expansion des affaires en Méditerranée et d’une université euro-méditerranéenne. Ses fonds à sa création proviennent de la Caisse des Dépôts française et de la Cassa depositi e prestiti italienne. La Cour des comptes l’a “épinglée” sur ses frais de réception lors de son ouverture. Depuis lors, un Conseil culturel y a été associé, alliant ainsi des routes économiques à des désirs de croisements culturels, sous couvert de dialogues transfrontaliers ; lier l’économie marchande à l’économie humaine en se gardant officiellement de toute ingérence politique chez les pays concernés. On se remémorera seulement les amitiés du moment entre M. Sarkozy et M. Moubarak ou encore M. Ben Ali, entre autre. Le quotidien Le Figaro du 17 avril 2008 écrivait au sujet de l’UPM : “La principale préoccupation de ces dirigeants n’est pas d’intégrer un club des démocraties méditerranéennes, mais de sanctuariser leurs régimes et de maintenir leur clan au pouvoir (…) Donner la liberté à leur peuple, instaurer un Etat de droit ou offrir à leur jeunesse une véritable perspective , cela n’est pas à l’ordre du jour”.

Par ce courrier, je questionne les actions du Conseil culturel de l’UPM et sa raison d’être à l’heure d’une révision de la politique française au niveau européen comme l’avènement d’une vision politique de gauche dans le domaine social et culturel entre autre. Selon le magazine Capital, l’Etat débourse chaque année “2,35 millions d’euros pour entretenir son siège de Barcelone et un conseil culturel à l’Elysée”. Ce changement français se place dans un paysage méditerranéen où les révolutions en cours, qu’elles soient économiques, culturelles ou politiques, portent la marque d’une volonté de l’inaliénable droit humain à accéder à toutes les cultures.
Comment répondre à l’actualité quand on se retire de celle de l’art et de son implication sociétale en laquelle je crois?

Christophe Le Blay, artiste chorégraphique
automne 2012

 

 

 

  1. Le régime de l’intermittence du spectacle sans quoi je n’aurais pas eu l’espace temps et l’économie liée pour écrire le projet tout en poursuivant mes diverses collaborations et autres brassages d’esthétiques. Régime spécifique de l’assurance chomage duquel je ne peux me retirer provisoirement pour 4 mois puisque n’ayant pas d’autres sources de revenus sur la période de UNIDEE. D’autre part, je ne répondais pas aux critères de prises en charge des bourses proposées pour une prise en charge personnelle au-delà des frais d’étude. Je n’ai pas non plus eu le temps de faire appel aux collectivités publiques ou autres fonds étant donné le laps de temps entre l’annonce des lauréats, la nouvelle de l’échec de ma prise en charge par l’UPM et la date de la résidence.

 

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on Pinterest